21
Sep
2017
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Réflexions d’un philosophe (XIII): Quand réussira-t-on à gérer une manifestation pacifique en RDC ?

En démocratie, une marche de protestation pacifique avec banderoles résumant des messages que l’on voudrait faire connaître aux autorités est un exercice qui rentre dans la normalité !
Et ceux qui exercent le pouvoir d’Etat s’en trouvent satisfaits et même flattés lorsque cette marche atteint tous les objectifs que ses initiateurs se sont fixés.

Car ainsi, ils auront fait preuve, à la face du monde, de la vitalité de leur régime démocratique. Surtout lorsque ce genre de manifestations publiques sont garanties par la Loi du pays comme expressions des libertés fondamentales du citoyen.
Mais lorsque les acteurs politiques se retournent contre les voix qui les ont élus pour leur interdire d’exercer leur droit de manifester librement, alors bonjour les dégâts !
Dans sa fiche identitaire, notre pays affiche un qualificatif qui est censé dire ce que les pères fondateurs ont voulu qu’il soit, c’est-à-dire une république, de surcroît  » démocratique « .
La Loi fondamentale du pays le rappelle dans son préambule et son article premier.
En logique formelle, lorsque les prémisses affirment, la conclusion doit aussi affirmer.
Voilà pourquoi nous ne pouvons pas affirmer le caractère démocratique de notre État et nous comporter comme si nous étions dans un État dictatorial ou totalitaire.
Ce serait une contradiction interne qui mettrait les citoyens en difficulté voire en danger. Car ils croiraient qu’ils sont dans un régime démocratique où le droit de manifester librement est garanti pendant que le système qui leur est réellement appliqué est un régime despotique où les droits fondamentaux des citoyens sont superbement ignorés.
Là, on se retrouve devant le cas où le pouvoir d’Etat tend des pièges à ses citoyens, ce qui est, sans plus, incompréhensible !
Y-aura-t-il un jour où une marche de protestation pacifique avec un itinéraire et un point de chute préalablement connus, ira jusqu’à son terme sans que, sous le fallacieux prétexte de maintien de l’ordre public, la police et l’armée n’interviennent pour la disperser ou la réprimer ?
Est-il vraiment difficile d’approcher les organisateurs pour convenir ensemble des mesures de sécurité à prendre pour faire aboutir sans anicroche une manifestation pacifique ?
Pourquoi remettre des armes létales aux policiers et aux militaires commis à la gestion d’une manifestation pacifique ?
Le pouvoir est-il logé à l’esplanade du Stade des Martyrs au point qu’il faille en interdire l’accès lorsqu’il est retenu comme lieu de rassemblement des manifestants ?
À quoi rime la rhétorique que l’on entend à chaque manifestation pacifique publique selon laquelle  » les organisateurs ont planifié la prise du pouvoir par la force  » ? Une prise de pouvoir avec des chants et des banderoles ? Et même si on y ajoute des cailloux et des bâtons ? C’est avec ça que l’on prend le pouvoir ?
De grâce, il faut arrêter ça ! Pourquoi ridiculiser ainsi le pays ?
Je me dois de reconnaître qu’il arrive que les marches de protestation soient émaillées des scènes de violence, déclenchées souvent par des groupes de casseurs qui réussissent à infiltrer les manifestants et qui blessent parfois les forces de l’ordre.
Mais même alors, ne peut-on pas demander aux initiateurs d’organiser certains manifestants en cordons de sécurité pour protéger les biens publics et privés des tentatives de vandalisme ?
Ceci représentera des moments de civisme lorsque les manifestants eux-mêmes veilleront à la protection des biens publics et privés.
Bien plus, il faudrait que les agents de l’ordre ne provoquent pas de perturbations dans les rangs des manifestants par des jets intempestifs des gaz lacrymogènes. Car dès que les rangs sont coupés, il devient difficile de maîtriser et de contrôler les manifestants.
C’est bien par toutes ces précautions et un nouvel état d’esprit que la culture de la manifestation pacifique se normalisera dans ce pays.
Qu’est-ce que le Mali a de plus que la Rdc pour qu’il réussisse la marche de protestation contre le projet présidentiel d’organisation d’un référendum constitutionnel et que la Rdc puisse terminer toutes ses manifestations publiques de protestation dans un bain de sang ?
Ce que le Mali a et que la Rdc n’a pas, c’est simplement la culture démocratique.
J’ai élevé ce jour ma voix pour appeler à la réinvention de nouveaux mécanismes d’intermédiation entre les citoyens d’un même État et pour que l’on cesse de considérer les marches de protestation comme des défis lancés à l’autorité, auquel cas celle-ci se sent obligée de montrer ses biceps.
C’est plutôt une voie d’expression démocratique garantie par la Constitution ; à moins que l’on considère celle-ci comme un chiffon, auquel cas je ne pourrais qu’exprimer ma profonde tristesse !
Les institutions sont faites pour que les faiblesses humaines n’affectent pas le corps social.

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