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Oct
2017
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Réflexions d’un philosophe (XVIII): La corruption de la pensée, une astuce efficace pour les dictateurs

Un dictateur est un chef investi ou auto-investi de tous les pouvoirs politiques et qui se convainc qu’il doit régner sans partage et ad vitam eternam. Il s’énerve losqu’on veut lui imposer des limites à l’exercice de son autorité qu’il veut souveraine et absolue.

Il est prisonnier de son ego, qu’il surdimensionne et qui l’amène à croire qu’il est le seul qui soit capable de sauver et de développer le pays. Il se comporte comme un homme-horloge en ce sens que c’est lui et lui seul qui doit déterminer le cours des événements qui conduisent la vie de la Nation.
Il se comporte aussi comme un nouveau dirigeant qui arrive quelque part et s’efforce d’occulter sinon de détruire l’oeuvre de ses prédécesseurs pour mieux s’affirmer.

Pour atteindre son objectif de pouvoir absolu, le dictateur utilise les moyens suivants : la force, les brimades, la corruption, le conditionnement, l’abrutissement et l’endormissement.

Outre la force comme moyen privilégié, le dictateur utilise aussi comme astuce de prédilection la corruption de la pensée. Car il sait que la pensée est le moteur de toute action, la source de toute oeuvre. Voilà pourquoi, le dictateur cherche à la contrôler, à la supprimer.

Et le schéma de sa démarche devient le suivant : se servir de la corruption matérielle, laquelle peut être une nomination ou de l’argent, pour obtenir la corruption de la pensée, laquelle va, à son tour, entraîner la corruption du langage qui en est l’expression.

C’est ainsi que l’on entendra, du jour au lendemain, un radical opposant au régime en place changer brusquement de langage pour adopter un ton lénifiant ( doux et conciliant ) à l’égard du régime qu’il vilipendait avec véhémence il y a quelque temps.

Ceci est la conséquence de la corruption de la pensée qui a engendré la corruption du langage. Mais en amont, il y a eu la corruption matérielle.

Et ça, c’est au niveau individuel. Qu’en est-il au niveau collectif ?

Au niveau d’un peuple, la corruption de la pensée prend plusieurs visages et s’inscrit dans la durée.
L’une des formes est le conditionnement par la réduction de manière drastique de l’accès à l’éducation. Il faut limiter l’accès à l’éducation en durcissant les conditions afin d’obtenir un très grand nombre d’abandons dans tous les cycles de formation : primaire, secondaire et universitaire

Ainsi, on aura, au niveau du pays, un grand nombre de personnes incultes dont on sait que leur horizon de pensée est très limité et borné à des préoccupations médiocres. Ainsi, elles ne pourront pas songer à se révolter parce qu’ignorant leurs droits.

La corruption de la pensée peut aussi s’obtenir par le type d’information et de divertissement que l’on destine au grand public. On peut dépouiller les informations destinées au grand public de tout contenu qui peut susciter l’éveil de consciences et le sens critique. Surtout pas de philosophie.

On ne diffusera via la télévision et cela, massivement, que des programmes de divertissement ne flattant que l’émotionnel et ce qui aiguillonne les instincts.

Comme tranquillisant social, on valorisera la sexualité par des chants et des danses. La commission de censure sera disjonctée et réduite à une portion congrue.

Dans la foulée, on tournera en dérision tout ce qui peut receler une valeur pour obtenir par là le nivellement par le bas. On bannira le sérieux de la vie, on entretiendra une constante apologie de la légèreté et de l’argent facile par des slogans du genre  » chance eloko pamba  » ( avec un peu de chance, on peut tout avoir, tout réussir ).

Tout ce qui permet d’endormir la lucidité des gens sera le bienvenu. Par contre, toute idée ou toute opinion mettant en cause le système est qualifiée de subversive et même de terroriste. Son auteur sera traité comme tel.

Avec le concours de certains médias et sous le couvert des divertissements abrutissant, on a entrepris de casser les valeurs et les repères pour désorienter davantage la jeunesse.

La corruption de la pensée chez les intellectuels congolais se remarque aussi par la flatterie à l’égard de l’autorité établie et l’adhésion totale aux thèses développées par le pouvoir, même si elles sont insensées comme l’invalidation des passeports semi-biométriques en cours de validité.

Ces intellectuels-là, à la pensée corrompue, n’éprouvent aucune gêne lors de leurs prestations de charme pour démontrer à l’autorité qu’ils ont effectivement été conquis.

La meilleure illustration de cette corruption de la pensée, qui a été précédée par la corruption matérielle, nous est offerte quand les journalistes se plaisent à diffuser à la télévision et cela, côte côte, les déclarations et prises de position d’autrefois de certains opposants et les plus récentes. Quel écart ? Quelle mue ? Quelle volte-face ? Si le ridicule pouvait tuer !

On sait que ce sont les idées qui dirigent le monde. Et ces idées naissent au sein du couple intuition – intellect. Il est alors impérieux d’être à l’écoute de l’intuition et de cultiver l’intellect. On aura alors pour le pays une vraie réflexion politique, une vraie réflexion économique, une vraie réflexion militaire et une vraie réflexion diplomatique.

C’est à partir de là que de vraies stratégies de développement et de coopération économique, militaire et diplomatique peuvent se s’élaborer.

Mais tout le monde doit se mobiliser pour maîtriser les tentations de la pensée unique et de la dérive totalitaire, ces deux fléaux qui menacent toute société humaine.

La République Démocratique du Congo, tout en n’étant pas encore installée comme il faut dans une démocratie, même si elle s’autonomme  » démocratique  » a néanmoins réussi à éveiller chez ses citoyens la conscience d’une farouche opposition à la pensée unique et à la dérive totalitaire.

Tous les efforts pour redonner vie à ces deux démons seront vains !

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